Autour du grade et de l’examen

Publié : Octobre 2003
Rubrique : Présentation , L’association TAI

Maître Tadashi ABE qui introduisit l’Aikido en France au début des années 1950 avait le corps couvert de cicatrices. Quand dans les vestiaires un élève lui en demandait la raison, il répondait dans un Français lapidaire « Souvenir passage examens ! ». Les seuls examens qu’il passa en réalité se déroulèrent au fond de quelques lieux mal famés, japonais ou français, et faillirent lui coûter la vie.

Aikido scolaire

La notion d’examen est typiquement moderne. O Sensei n’a jamais fait passer d’examen d’Aikido. Quand il estimait que l’élève qu’il voyait vivre et s’entraîner chaque jour, et qu’il connaissait pour ces raisons comme un fils était prêt, il lui décernait un grade, c’est tout.

Aujourd’hui règne dans l’Aikido une conception véritablement scolaire. Il y a un candidat et un jury. On demande « Shomen uchi ikkyo s’il vous plaît ! », et l’Aikido étouffe tout doucement sous le poids du formalisme et de la convention.

L’Aikido est tout le contraire de cela, il est changement et adaptabilité. La technique qui s’impose à un moment donné ne peut être connue que dans le temps où elle s’impose, car elle naît du mouvement, elle ne peut pas être déterminée à l’avance. C’est dans ce sens que Maître NAKAZONO, qui relaya en France au début des années 1960 l’enseignement de Tadashi ABE, répétait à qui voulait l’entendre « En Aikido examen pas possible ! ».
Il aimait à dire également « En Aikido Fédération pas possible ! », et c’est bien tout le problème justement. La structure la mieux adaptée à l’apprentissage de l’Aikido est le ryu, l’école au sein de laquelle maître et disciple pratiquent et vivent ensemble. La Fédération est un pis-aller, c’est la solution apportée par l’Occident au problème posé par l’enseignement de masse. Et inévitablement l’enseignement à de grandes masses de pratiquants aboutit à la dilution et à l’appauvrissement de la connaissance. Cela n’a rien à voir bien sûr avec la qualité des hommes qui ne sont pas en cause, c’est une conséquence structurelle.

La méthode utilisée par TAI

TAI - qui n’est ni une école ni une Fédération, mais une association internationale d’individus libres - s’est penché sur cette question et propose une solution originale au problème posé par l’examen d’Aikido.
L’idée principale est la suivante : puisqu’il s’avère que l’examen sur le mode question/réponse n’est pas adapté aux exigences de l’Aikido, il faut - dans la mesure bien sûr où l’on entend conserver le principe de l’examen - concevoir une formule d’examen qui accorde davantage de liberté au candidat tout en l’obligeant malgré tout à démontrer ses capacités techniques.
C’est cette formule qui est proposée dans le programme d’examen TAI.

Le jury demande à aite d’exécuter une attaque définie, c’est une certaine contrainte, mais en revanche nage ne se voit pas imposer la réalisation d’une technique précise, on lui demande simplement de situer sa réponse soit dans les techniques d’immobilisation soit dans les techniques de projection.
Il y a deux conséquences positives à cette méthode :

  1. Nage a désormais le choix et donc une certaine liberté d’action, même si c’est à l’intérieur d’un cadre défini.
  2. Aite ignore à quel type d’immobilisation ou à quel type de projection il va devoir faire face. Et du coup il n’a pas la possibilité d’anticiper une opposition facile ou, à l’autre extrême, une chute complaisante. Pour ces raisons, le mouvement est globalement exécuté avec davantage de vérité.

D’autre part, l’examen TAI est conçu selon des critères de progressivité.
Le programme n’est pas le même selon que l’on présente un 1er, un 2ème, un 3ème, un 4ème ou un 5ème Dan, à l’inverse de la plupart des programmes fédéraux nationaux qui répètent invariablement à tous les niveaux le prototype de l’examen 1er Dan, se contentant d’introduire des critères de jugement plus strictes et d’apporter un œil plus sévère au fur et à mesure de la progression dans les grades.

A la base de ce choix de TAI se trouve l’idée traditionnelle qu’un pratiquant n’a pas fait le tour des connaissances purement techniques que propose l’Aikido avant le niveau de 3ème ou 4ème Dan, ce qui correspond à la fin de la phase SHU, c’est seulement après cela qu’il accède à la phase HA, et après un bien long parcours encore qu’il entrera dans la phase RI.
Il semble donc légitime de ne pas exiger des pratiquants au début de la phase SHU des connaissances auxquelles ils ne peuvent accéder qu’à la fin de cette même phase.

Enfin, l’examen d’Aikido mis au point par TAI ne fait pas de l’aiki-ken et de l’aiki-jo un programme à part.
Car il n’y a pas, comme le pensent certains, l’Aikido et les armes. L’aiki-ken et l’aiki-jo sont de l’Aikido au même titre que le tai jutsu (partie à mains nues de l’Aikido).
Il était donc logique d’inclure dans le programme d’examen Dan tout le programme des armes de l’Aikido. Ce bien sûr également d’une manière progressive.
L’Aikido est Un, Takemusu donne naissance aussi bien aux techniques à mains nues qu’aux techniques d’armes.

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